Illustration pour La rumeur du déménagement
Semaine 5
2026

La rumeur du déménagement

Une phrase entendue dans un couloir peut suffire à changer l'atmosphère de tout un atelier.

samedi 31 janvier 2026Mila, Gustave, Pipo

Personne ne sait vraiment qui l'a dit en premier. Mila pense que c'était quelqu'un de l'étage du dessus, mais elle n'en est pas certaine. Gustave affirme avoir entendu une bribe de conversation près de la réserve, mardi dernier, ou peut-être mercredi.

Ce qui est sûr, c'est que depuis trois jours, tout le monde parle d'un nouveau local.

L'idée s'est répandue lentement, comme une tache d'encre sur du papier buvard. D'abord un murmure entre deux étagères. Puis une question posée à voix basse pendant la pause. Et maintenant, c'est le sujet principal des conversations.

Gustave n'a pas attendu pour s'inquiéter. Dès le premier jour, il a sorti un carnet neuf et commencé à noter des questions. Où serait ce nouveau local ? Quand déménagerait-on ? Faudrait-il tout emballer ? Et les outils, les emporterait-on tous ? Il a déjà rempli quatre pages de points d'interrogation.

Mila l'observe depuis son coin habituel, près de la fenêtre. Elle ne dit rien. Elle note, comme toujours. Dans son carnet gris, une nouvelle entrée : "Février. Rumeur. Origine inconnue. Gustave stressé."

Noisette, elle, trouve l'idée excitante. Un nouveau local, ce serait l'occasion de tout réorganiser, de créer de nouveaux espaces, peut-être même d'avoir un coin pour ses expériences. Elle a déjà proposé trois plans d'aménagement, tous différents, tous improbables.

Le plus étrange, c'est Pipo.

Lui qui d'habitude s'agite, pose des questions, disparaît pour revenir avec des réponses qu'on ne lui a pas demandées, il reste silencieux. Assis sur un tabouret près de l'établi principal, il écoute les conversations sans y participer. Quand on lui demande son avis, il hausse les épaules.

Mila trouve ça suspect.

Elle l'a noté aussi : "Pipo. Calme. Inhabituel."

La journée se termine sans nouvelles officielles. Pas de lettre, pas d'annonce, pas de confirmation. Juste cette rumeur qui flotte dans l'air de l'atelier comme une odeur de pain grillé dont on ne trouve pas la source.

Gustave range son carnet de questions avec un soupir. Il en reprendra la lecture demain, et le surlendemain, et probablement pendant des semaines.

Avant de partir, Mila jette un dernier regard à Pipo. Il est toujours sur son tabouret, les yeux fixés sur un point invisible au-dessus de la porte.

Elle ajoute une dernière ligne dans son carnet : "À surveiller."

Puis elle éteint la lumière de son coin, laissant l'atelier dans la pénombre du soir. Dehors, la neige fond doucement. Le printemps n'est pas loin.

Et le nouveau local, s'il existe, attendra.