L'atelier sentait encore la résine et le papier kraft. Les guirlandes pendaient mollement aux poutres, oubliées dans la précipitation du 24 décembre. Dehors, la neige avait fondu, laissant une boue grisâtre que personne n'avait envie de regarder.
Mila rangeait les pinceaux par taille. C'était sa façon à elle de reprendre pied après le rush. Gustave avait déjà entamé une liste des choses à vérifier avant la fermeture annuelle. Noisette, quelque part dans la réserve, faisait tomber des choses.
Pipo, lui, ne rangeait pas. Il errait entre les établis, les mains dans les poches, le regard ailleurs.
C'est en soulevant une vieille caisse de clous qu'il la trouva. Une enveloppe blanche, un peu jaunie sur les bords, coincée entre le mur et le pied de l'établi. Elle avait dû glisser là des semaines plus tôt, peut-être des mois.
Mila leva les yeux juste à temps pour le voir la ramasser.
Il la retourna. L'adresse était écrite en grosses lettres maladroites, avec un coeur à la place du point sur le i. Le timbre était celui de l'année dernière. Une lettre d'enfant. Une lettre qui n'avait jamais été lue.
Pipo ne dit rien. Il décacheta l'enveloppe avec soin, déplia la feuille, et la lut. Son visage ne changea pas. Pas de sourire, pas de froncement de sourcils. Juste cette attention particulière qu'il avait parfois, comme s'il écoutait quelque chose que les autres n'entendaient pas.
Mila fit semblant de continuer son tri. Elle aligna trois pinceaux, puis quatre, puis recommença.
Quand elle releva la tête, Pipo repliait la lettre. Il la glissa dans la poche intérieure de sa veste, celle avec le bouton qui manque. Puis il reprit sa déambulation, les mains de nouveau dans les poches.
Noisette passa en coup de vent, les bras chargés de bobines de fil.
- Quelqu'un a vu le scotch doré ? Il était là hier.
Personne ne répondit. Gustave marmonna quelque chose à propos de son inventaire. Mila continua ses pinceaux.
Pipo s'arrêta devant la fenêtre. La lumière de janvier, pâle et hésitante, découpait sa silhouette contre le verre embué.
Mila sortit son carnet - un vieux carnet gris qu'elle avait trouvé dans un tiroir le mois dernier - et nota quelques mots. Juste pour ne pas oublier.
"3 janvier. Lettre retrouvée. Pipo. Pas de suite."
Elle referma le carnet et le rangea dans sa poche. Dehors, il commençait à pleuvoir.
