La maquette du nouvel atelier imaginaire gisait en morceaux sur le sol quand Noisette la découvrit ce matin-là. Les bouts de carton, les brindilles et les chutes de tissu que Pipo avait ramenés formaient un tas informe, vaguement triangulaire.
Gustave, qui passait par là avec sa tasse, s'arrêta. Il s'attendait à des larmes, ou au moins à une moue déçue. Noisette tourna lentement autour des débris, la tête penchée.
"C'est encore mieux comme ça", déclara-t-elle.
Gustave faillit recracher son thé.
"C'est de l'art involontaire", précisa Noisette en ramassant un morceau de carton plié. "L'atelier a décidé lui-même de sa forme finale. On ne peut pas lutter contre ça."
Elle installa le tas de débris sur une étagère, bien en vue, avec un petit panneau écrit à la main : "Maquette - Version définitive".
Gustave sortit sa liste des choses à cataloguer. Il hésita, le crayon en l'air. Puis il rangea la liste sans rien écrire.
Certaines choses, visiblement, échappaient à toute classification.
