Illustration pour La maquette imaginaire
Semaine 7
2026

La maquette imaginaire

Quand personne ne sait à quoi ressemble le futur, autant l'inventer avec des bouts de ficelle et beaucoup d'optimisme.

lundi 16 février 2026Noisette, Pipo, Gustave, Mila

Noisette avait eu une idée. Ce n'était jamais bon signe.

Depuis que la rumeur du déménagement circulait dans l'atelier, tout le monde semblait attendre quelque chose qui ne venait pas. Gustave faisait des listes. Mila prenait des notes. Pipo regardait par la fenêtre. Et Noisette, elle, s'ennuyait.

"Si on construisait une maquette du nouvel atelier ?" avait-elle proposé un matin, alors que personne ne lui avait rien demandé.

Gustave avait levé les yeux de sa liste. "On ne sait même pas s'il y aura un nouvel atelier."

"Justement. On peut l'imaginer."

C'était là le problème, évidemment. Imaginer, Noisette savait faire. Mais imaginer quelque chose de réaliste, quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à un atelier fonctionnel, c'était une autre affaire.

Elle avait commencé par dessiner un plan. Le plan ne ressemblait à rien. Il y avait des pièces rondes, des escaliers qui menaient nulle part, et une fontaine au milieu. "Pour la créativité", avait-elle expliqué.

Mila avait regardé le dessin sans rien dire. Elle avait sorti son carnet gris et noté quelque chose. Noisette n'avait pas demandé quoi.

Puis Pipo était arrivé. Il portait une caisse remplie de matériaux étranges : des morceaux de bois vermoulu, du fil de fer tordu, des bouts de tissu dont personne ne connaissait l'origine, et ce qui ressemblait à une vieille poignée de porte en porcelaine.

"Où tu as trouvé tout ça ?" avait demandé Noisette.

Pipo avait haussé les épaules. Il ne répondait jamais vraiment à ce genre de questions.

La construction avait commencé. Noisette dirigeait les opérations avec l'enthousiasme de quelqu'un qui ne doute jamais de rien. Pipo suivait ses instructions à sa manière, c'est-à-dire en faisant à peu près ce qu'il voulait. La maquette grandissait, bancale et bizarre.

Au bout de trois jours, elle mesurait presque un mètre de haut. Elle avait des murs qui ne se rejoignaient pas, un toit en pente impossible, et une petite fenêtre qui donnait sur rien du tout.

Gustave était passé voir. Il avait regardé longuement, la tête penchée, comme s'il cherchait un angle sous lequel la chose aurait pu ressembler à un atelier.

Il n'en avait pas trouvé.

"C'est... intéressant", avait-il fini par dire, ce qui était sa manière polie de ne rien dire du tout.

Noisette avait reculé d'un pas pour admirer son oeuvre. "Il manque quelque chose."

"Un sens ?" avait suggéré Mila depuis son coin.

Noisette n'avait pas relevé. Elle avait ajouté la poignée de porte en porcelaine sur le côté, comme une sorte de décoration. Ça ne servait à rien, mais ça avait l'air important.

La maquette trônait maintenant au milieu de l'atelier, trop grande pour être ignorée, trop étrange pour être comprise. Personne n'osait la déplacer. Personne n'osait non plus demander ce qu'on était censé en faire.

Pipo, lui, avait disparu depuis une heure. Quand il était revenu, il avait regardé la maquette avec un demi-sourire, comme s'il savait quelque chose que les autres ignoraient.

Mais il n'avait rien dit.

Il ne disait jamais rien.