Illustration pour Les inventions de Noisette
Semaine 38
2026

Les inventions de Noisette

Quand Noisette a des idées, l'atelier retient son souffle.

samedi 19 septembre 2026Noisette, Gustave, Mila, Pipo

L'automne s'installait doucement sur l'atelier. Les feuilles commençaient à jaunir derrière les fenêtres, et une odeur de bois fraîchement coupé flottait dans l'air. C'était le moment de l'année où les lutins commençaient à penser aux jouets de Noël. Et quand les lutins pensaient aux jouets, Noisette pensait aux inventions.

Elle avait passé la matinée à griffonner dans un coin, le front plissé par la concentration. Gustave l'avait observée du coin de l'oeil, inquiet. Quand Noisette griffonnait, des choses arrivaient. Pas toujours des bonnes choses.

À l'heure du déjeuner, elle déplia ses feuilles sur la grande table de l'atelier.

"J'ai des idées", annonça-t-elle avec un sourire radieux.

Mila posa sa tasse de thé. Gustave ferma son carnet de listes. Même Pipo, qui était près de la fenêtre, tourna la tête.

"Première idée", dit Noisette en brandissant un croquis approximatif. "Un ours en peluche qui raconte des histoires tristes."

Silence.

"Tristes ?" répéta Gustave.

"Oui. Parce que les histoires joyeuses, tout le monde en fait. Mais les histoires tristes, ça fait réfléchir. Ça forme le caractère."

Gustave ouvrit la bouche, la referma, puis secoua la tête lentement. "Peut-être... peut-être pas pour cette année."

Noisette ne sembla pas découragée. Elle passa au croquis suivant.

"Deuxième idée : une petite voiture qui ne roule que vers la gauche."

"Pourquoi seulement vers la gauche ?" demanda Mila, genuinement curieuse.

"Parce que c'est original. Toutes les voitures vont dans toutes les directions. Celle-là, elle sait ce qu'elle veut."

Gustave se frotta les tempes. "Les enfants risquent de trouver ça... limitant."

"Ou libérant", contra Noisette. "Quand on n'a qu'une direction, on n'a plus à choisir."

Mila nota quelque chose dans son carnet. Probablement "Philosophie douteuse de Noisette - semaine 38".

La troisième idée fut présentée avec encore plus d'enthousiasme.

"Un puzzle déjà assemblé."

Cette fois, Gustave ne dit rien. Il se contenta de regarder Noisette avec une expression que Mila qualifia mentalement de "fatigue anticipée".

"Réfléchis", insista Noisette. "Plus besoin de chercher les pièces, plus de frustration, plus de morceaux perdus sous le canapé. Le puzzle est là, complet, prêt à être admiré."

"Mais... le but d'un puzzle, c'est de l'assembler", tenta Gustave.

"Le but d'un puzzle, c'est d'avoir une image complète. Là, on gagne du temps."

Pipo, toujours près de la fenêtre, émettait un son qui ressemblait vaguement à un rire étouffé. Ou peut-être était-ce le vent.

Gustave refusa poliment chaque proposition. Trois fois. Avec des arguments différents. Noisette rangea ses croquis sans paraître affectée.

"Ce n'est pas grave", dit-elle. "J'ai d'autres idées. Pour demain."

Gustave pâlissait visiblement.

Le soir, Mila ajouta une entrée dans le Grand Registre : "Propositions de Noisette : 3. Acceptées : 0. Menace pour la semaine prochaine : confirmée."

Elle ferma le registre et regarda par la fenêtre. Dehors, les feuilles continuaient de tomber. Quelque part dans l'atelier, Noisette griffonnait déjà de nouveaux croquis.

L'automne allait être long.