Illustration pour Le déjeuner retrouvé
Semaine 27
2026

Le déjeuner retrouvé

Après trois jours de recherches, le paquet mystère révèle enfin son contenu. Gustave aurait préféré ne jamais savoir.

vendredi 3 juillet 2026Gustave, Pipo, Mila, Noisette

La pile de paquets identiques avait été disposée sur l'établi central. Quarante-sept emballages parfaitement uniformes, tous sortis de la machine trop efficace, tous impossibles à distinguer les uns des autres.

Gustave les regardait avec la même expression qu'un lutin face à une liste mal organisée. Il avait passé les trois derniers jours à chercher le paquet mystère, celui qui contenait quelque chose d'important. Le problème, c'est que personne ne savait exactement quoi.

Mila avait noté dans son carnet : "Contenu présumé du paquet : inconnu. Importance présumée : élevée. Raison de l'importance présumée : intuition collective."

"On pourrait les ouvrir dans l'ordre," proposa Noisette pour la quatrième fois.

"Et perdre quarante-sept emballages parfaitement bons ?" répliqua Gustave.

Noisette haussa les épaules. Depuis le début de cette histoire, elle ne comprenait pas l'attachement de Gustave aux emballages. Mais elle avait appris à ne plus poser la question.

Pipo, assis dans un coin, observait la scène sans intervenir. Il avait cette expression neutre qu'il portait souvent, celle qui ne révélait rien de ce qu'il pensait vraiment.

Gustave prit le premier paquet. Il le soupesa, le secoua légèrement, approcha son oreille. Rien. Il le reposa et prit le suivant. Même rituel, même résultat.

Au douzième paquet, quelque chose sembla différent. Plus lourd peut-être, ou avec un son mat quand on le secouait. Gustave s'arrêta.

"Celui-là."

Il déchira l'emballage avec une lenteur cérémonielle. Mila se pencha pour mieux voir. Noisette retint son souffle. Pipo ne bougea pas.

À l'intérieur, dans un écrin de papier kraft froissé, reposait un sandwich. Ou plutôt ce qui avait été un sandwich trois jours plus tôt. Le pain avait pris une teinte verdâtre sur les bords. La salade pendait mollement, transformée en une substance visqueuse. Une odeur discrète mais persistante commença à se répandre.

Le silence dans l'atelier dura exactement quatre secondes.

"C'était ça ?" demanda Noisette.

Gustave regardait son déjeuner avec une expression mêlant l'incrédulité et une forme de résignation profonde. Il se souvenait maintenant. Lundi dernier, il avait posé son sandwich sur l'établi pour aller chercher sa liste des tâches du matin. Quand il était revenu, le sandwich n'était plus là.

La machine l'avait emballé.

"Au moins on sait où il était," dit Pipo.

C'était la première chose qu'il disait depuis le début de la recherche. Mila nota mentalement que Pipo avait le don de formuler des évidences de manière à les faire sonner comme des observations profondes.

Gustave jeta l'emballage dans la corbeille, puis hésita, repêcha l'emballage, jeta uniquement le sandwich, et lissa soigneusement le papier avant de le ranger avec les autres. On ne savait jamais.

"Je propose qu'on ouvre les autres," dit Noisette. "Juste pour vérifier."

"Vérifier quoi ?"

"Qu'il n'y a pas d'autres déjeuners."

Gustave considéra la proposition. D'un côté, quarante-six emballages potentiellement gâchés. De l'autre, la possibilité d'autres surprises olfactives.

Il opta pour le compromis : une liste. "Objets potentiellement emballés par la machine et non encore retrouvés." Il passa le reste de l'après-midi à interroger tout le monde sur ce qui leur manquait.

La liste compta finalement dix-sept entrées. Certaines étaient raisonnables : les ciseaux de Mila, le carnet de notes de Noisette, une bobine de fil rouge. D'autres l'étaient moins : "l'air du mardi" (Noisette), "un bruit suspect" (Gustave lui-même), "quelque chose que j'ai oublié" (Pipo, évidemment).

Les paquets furent rangés dans un coin de la réserve, en attente d'une décision.

Le soir, Mila ajouta une entrée dans son carnet gris : "Paquet mystère : résolu. Contenu : déjeuner de Gustave (trois jours). État : non présentable. Leçon apprise : la machine n'a pas de discernement alimentaire."

Elle hésita, puis ajouta une dernière ligne : "À surveiller : les quarante-six autres paquets. Potentiel de surprises : élevé."

Quelque part dans l'atelier, l'horloge réparée par Pipo sonna cinq coups. Il était presque minuit.