La machine à emballer fonctionnait enfin.
C'était Noisette qui l'avait annoncé, un matin de juin, avec cette fierté discrète qu'elle réservait aux moments importants. Elle avait appuyé sur un bouton, la machine avait émis un ronronnement satisfait, et un petit paquet parfaitement ficelé était sorti de l'autre côté.
"Tu vois," a-t-elle dit à Gustave. "Je t'avais dit qu'elle marcherait."
Gustave a examiné le paquet. Le papier était tendu, les coins nets, le ruban symétrique. C'était, objectivement, un emballage impeccable.
"Qu'est-ce qu'il y a dedans ?" a-t-il demandé.
Noisette a froncé les sourcils. "Rien. C'était un test."
Gustave a hoché la tête lentement. Il a posé le paquet vide sur l'établi et s'est éloigné. Il n'avait pas de raison précise de s'inquiéter. Pas encore.
Le premier incident s'est produit une heure plus tard. Gustave avait laissé ses crayons sur le bord de l'établi, à portée de la machine. Il s'est retourné pour chercher sa liste du jour, et quand il a regardé à nouveau, les crayons avaient disparu.
À leur place, un paquet rectangulaire, parfaitement emballé.
Il l'a ouvert. Ses crayons étaient à l'intérieur, enveloppés individuellement dans du papier kraft.
"Elle est efficace," a commenté Noisette.
Gustave n'a rien dit.
L'après-midi, Mila a posé sa tasse de thé sur un tabouret près de l'établi. Le temps de prendre une note dans son carnet, la tasse avait disparu. Un nouveau paquet trônait à sa place, plus rond que les autres. À l'intérieur : la tasse, le thé, et même la cuillère. Le liquide n'avait pas coulé. La machine avait emballé le tout sans renverser une goutte.
Mila a noté dans son carnet : "Machine. Tasse de thé emballée. Température du thé au déballage : tiède."
Elle a bu son thé quand même. Il avait un léger goût de papier.
Vers 16 heures, la machine a emballé la chaise de Gustave. Il était assis dessus.
Il s'est retrouvé par terre, entouré de papier kraft et de rubans. La chaise, elle, formait un cube compact et élégant près de la machine.
"Il faudrait peut-être ajuster les paramètres," a suggéré Mila.
Noisette examinait le mécanisme avec perplexité. "Elle n'est pas censée faire ça. Elle est censée attendre qu'on lui donne quelque chose à emballer."
"Elle n'attend pas," a observé Gustave en se relevant. "Elle prend."
Pipo, qui n'avait rien dit de la journée, s'est approché de la machine. Il l'a regardée longuement, comme on regarde un animal dont on essaie de comprendre le comportement. Puis il a tapoté le capot, doucement, presque affectueusement.
La machine a émis un sifflement bas. Puis elle s'est tue.
Pendant quelques minutes, l'atelier est resté silencieux. Tout le monde observait la machine, immobile sur son établi. Elle ne ronronnait plus. Ses rouages étaient figés.
"Elle est cassée ?" a demandé Noisette.
Pipo a haussé les épaules.
Et puis, sans prévenir, la machine s'est remise en marche. Un paquet est sorti de son flanc. Plus petit que les autres. Compact. Presque délicat.
Gustave l'a ouvert avec précaution.
À l'intérieur, il y avait sa liste du jour. Celle qu'il avait posée sur l'établi le matin et qu'il n'avait pas retrouvée depuis. Elle était pliée en huit, enveloppée dans trois couches de papier, et ornée d'un ruban doré que personne n'avait vu dans l'atelier auparavant.
"Elle fait des cadeaux maintenant," a murmuré Mila.
Gustave a regardé la machine, puis Noisette, puis Pipo. Personne n'avait d'explication.
Le soir, ils ont décidé de débrancher la machine. "Pour réflexion," avait dit Gustave. "Le temps de comprendre."
Noisette a débranché la prise. La machine a émis un dernier ronronnement, presque plaintif, avant de se taire.
Le lendemain matin, quand ils sont arrivés à l'atelier, un paquet les attendait sur le pas de la porte.
Personne n'a osé l'ouvrir.
